Message de Olivier et Didier Gimonnet (Champagne Pierre Gimonnet)

Une année inédite !

 

2020 restera comme une année inédite : une année où un minuscule virus nous a fait prendre conscience que notre monde ne pouvait pas poursuivre sa course folle.

 

Nous le savions, mais personne ne semblait vouloir appuyer sur le bouton « stop ».

 

Et soudain, tout s’est arrêté.

 

Nous avons peine à imaginer quels seront les changements lorsque le monde reprendra sa marche, mais nous sommes confiants.

 

 

 

Car de par notre métier de vigneron, nous savons qu’il y a toujours des années de disette… Et que nous devons rester très humbles par rapport à cette Nature.

 

Nous savons que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel,

 

Nous savons qu’une année de travail peut être anéantie en quelques minutes (gel, grêle…) ou par une météo capricieuse (trop sèche, trop humide).

 

Nous savons que les vins exceptionnels ne sont possibles que si la Nature nous permet d’avoir une matière exceptionnelle. Un grand vin est d’abord le fruit de la Nature ! Notre savoir-faire et notre travail permettent simplement d’interpréter notre terroir, d’améliorer un millésime difficile, de sublimer une année exceptionnelle…

 

Nous savons que notre Terre, notre « bien commun » à tous, doit être respectée, car « tout est lié ». C’est une question d’équilibre.

 

 

 

Cette crise du Covid va engendrer une crise économique mondiale, mais c’est peut-être un mal nécessaire pour une prise de conscience collective et plus de discernement.

 

 

 

Après ces quelques réflexions, voici notre situation pratique au Domaine :

 

 

 

A la vigne

 

Puisque la Nature n’attend pas et que les vignes continuent de pousser, il y a beaucoup à faire actuellement dans notre vignoble.

 

Le confinement (depuis le 17 mars en France) s’est traduit par « du travail en extérieur » pour tous. Et ce n’est pas désagréable, car il fait beau depuis 6 semaines, et cela permet de se vider l’esprit en songeant à l’avenir.

 

Aux vignes, nous n’avons pas l’impression que nous sommes « en crise », hormis que l’organisation a changé. Pour respecter les normes sanitaires, nous ne travaillons plus en équipe mais seul ou à deux par vigne, et nous communiquons le plus souvent avec notre personnel par téléphone, SMS.

 

Il n’y a plus de rassemblement au domaine, nous n’utilisons plus les véhicules d’exploitation.

 

Nous avons mis en place des petits messages tous les soirs pour informer nos salariés de l’état d’avancement des travaux. Il faut rompre la solitude.

 

Pendant ce confinement, nous avons fini les travaux de taille, poursuivi par les travaux d’attachage (lier les brins de taille aux fils), commencé les travaux du sol, fait des plantations, posé des racks (lutte de protection contre les vers de la grappe par pose de récepteurs de phéromones).

 

La Nature étant encore en avance, nous sommes un peu en retard sur elle. Il nous faut encore environ une semaine à 10 personnes pour « attacher dans les feuilles », alors que nous pourrions déjà commencer l’ébourgeonnage (retirer les bourgeons « qui ne servent à rien » pour favoriser les bourgeons fructifères, et assurer une bonne aération de chaque « pied de vigne »).

 

 

 

 

 

Il est probable que cette année 2020 soit une année précoce.

 

La course risque de continuer, car dans ce cas le cycle végétatif est plus court, mais le nombre d’heures par hectare à fournir reste identique.

 

Imaginez, de la fin de la taille (31 mars) à la fin du palissage (vers le 10 juillet), en 100 jours, nous devons passer environ 250 heures par hectare uniquement pour les travaux manuels (liage, ébourgeonnage, relevage des fils, palissage, cisaille) soit environ 7500 heures.

 

 

 

 

 

Sur les marchés

 

L’activité commerciale est au ralenti bien entendu, car nos principaux clients (importateurs, distributeurs, cavistes, restaurants) ont réduit ou même suspendu leur activité. Nous pensons beaucoup à vous les restaurateurs, et nous compatissons.

 

Mais la diversité de nos marchés – nous vendons dans 45 pays – fait qu’il demeure néanmoins une activité commerciale minime. Depuis le début du confinement, nous avons expédié environ 6.000 bouteilles. Soit 30% de notre volume habituel, la plupart à l’export (Japon, pays scandinaves, Ukraine et Allemagne).

 

Nous sommes agréablement surpris de constater que dans certains pays, l’activité économique est plus florissante que chez nous.

 

 

 

En cave

 

L’activité est ici la plus calme car les distanciations nécessaires pour le personnel sont plus difficiles à organiser.

 

Le travail, lorsque nous avons besoin d’être deux, s’effectue donc en famille. Ce fut le cas pour la préparation des vins en cuverie (soutirage, assemblage, passage au froid) – assuré par Didier et son fils Pierre-Guillaume. C’est également le cas pour l’habillage – Assuré ce printemps par Olivier et sa fille.

 

Nous avons néanmoins pris la décision de faire le tirage (mise en bouteilles) pendant cette période de confinement, en changeant les cadences, en modifiant les postes pour respecter les normes sanitaires et garantir la protection du personnel. Au lieu de tirer 65.000 bouteilles/jour avec quatre à cinq personnes en sortie de chaîne, c’est 3.500 bouteilles/heure qui seront mises en cave avec simplement deux personnes…

 

 

 

La vie du Domaine continue. Nous nous adaptons pour qu’il en soit ainsi.

 

 

 

Nous ne savons pas quel sera véritablement l’impact de cette crise sur nos ventes annuelles et comment se fera la reprise, mais pour l’instant nous avons deux objectifs :

 

 

 

  • Tout faire pour obtenir une belle et bonne vendange 2020. Même si le volume à récolter permis sera certainement inférieur au potentiel agronomique, ce n’est pas un motif pour négliger le soin à apporter à nos vignes. Ce qui nous anime, c’est la qualité du millésime.

 

Nous espérons également une réflexion raisonnable de nos dirigeants (du vignoble et du négoce) pour proposer un volume consensuel. Arrêtons de penser que le volume à récolter est purement économique… Ne raisonner que par le filtre de l’économie est bien l’une des causes de la crise actuelle !

 

Raisonnons qualitativement et humainement.

 

 

 

  • Nous voulons assurer à tous nos salariés du travail pendant cette période. Il n’est pas question pour le moment de mettre des salariés en chômage partiel. C’est une question de solidarité vis-à-vis d’eux et par rapport à l’Etat. Les entreprises qui le peuvent doivent faire un effort civique.

 

 

 

La Champagne incarne la vie, la vitalité, et nous le pensons, une forme d’optimisme. Nous souhaitions que vous puissiez puiser dans l’effervescence de nos cuvées, cette énergie de regarder demain avec confiance.

 

 

 

Œnophilement vôtre.

 

 

 

 

 

Olivier et Didier Gimonnet